Improbable, inimaginable, inconcevable... Pourtant il l'a fait. Hier, Benoît Caranobe a remporté le bronze lors du concours général de gymnastique artistique, aux J.O. de Pékin. Le français est monté sur le podium le plus difficile d'accès de sa discipline et a inscrit, de ce fait, son nom dans l'Histoire de la gymnastique.
On ne l'attendait pas à ce niveau. Lui même ne visait que le Top 10 de ce concours qui réunissait les 24 meilleurs gymnastes de la planète. Sur le papier, le licencié de Noisy-le-Grand ne fait pas vraiment figure de favori. Yang Wei, Hiroyuki Tomita, Fabian Hambuechen, Sergei Khorokhordin, Jonathan Horton... eux ont vraiment le profil d'un médaillé olympique. Sans parler des autres gymnastes chinois, japonais et coréens qui dominent nettement la discipline depuis des décennies.
A son arrivée sur le praticable de Pékin, Benoît Caranobe sait qu'il fait figure d'outsider. Mais il sait aussi que son Top 10 lui est accessible avec le match parfait. Ce qu'il ne sait pas encore en revanche, c'est que ce jour là, il va tout simplement réaliser la prestation de sa vie. Réveillé à sept heures du matin, celui qu'on connait comme étant le meilleur généraliste français au sein du staff national de gymnastique, n'est pas dans son assiette. Il redoute les compétitions qui se déroulent en matinée. Aux vues du déroulement de l'épreuve, il n'était pas le seul. En ce 14 août, c'est une avalanche de chutes et de désillusions qui ont envahi le Palais national omnisports de Pékin. Les plus grands craquent les uns après les autres sous la pression insoutenable qui leur est infligée par ces Jeux olympiques. Tomita aux anneaux, Hambuechen à la fixe, Deviatovski au saut... c'est à n'y rien comprendre.
De son côté, Benoît Caranobe a su construire sa bulle. Le français a pris les agrès les uns après les autres. Il a dompté sans problème celui qu'il redoutait, à savoir le cheval d'arçons. Tandis que sur son appareil de prédilection, le saut, il réalise un nouvel exploit. Avec une note de départ élevée (note de difficulté de 7.0) et une exécution parfaite, il atteint des sommets. Un 16.600 à faire pâlir ses adversaires, y compris le chinois Yang Wei qui reste derrière avec un plus que respectable 16.550. Sortie pilée en fixe, anneaux, sol, parallèles sans fautes majeures... Le jeune gymnaste de Noisy-le-Grand a rempli son contrat haut la main.
Mais jusque là, Benoît Caranobe n'avait prêté que guère attention au tableau d'affichage. Son passage au sol et sa compétition terminée, sans trop y croire, il est l'heure pour lui d'y jeter un coup d'oeil un peu plus intéressé. Belle surprise, il reste deux concurrents à passer et Benoît Caranobe culmine à la deuxième place. A la fin de la compétition, le Japonais Kohei Uchimura repasse devant pour seulement 0.05 point. Mais là n'est pas l'important. cette médaille que personne n'osait imaginer est bel et bien dans la poche ou plutôt au cou de Benoît Caranobe. Opéré de l'épaule en mai 2005, il avait pensé mettre fin à sa carrière à plusieurs reprises avant Pékin. Aujourd'hui l'heure de la revanche a sonné. Le jeune gymnaste guidé par Laurent Barbieri à raison de 25h d'entraînement hebdomadaires, se hisse sur le plus beau des podiums de la gymnastique artistique. Il casse ainsi la suprématie asiatique et remporte un bronze qui lui permet d'inscrire son nom à côté des plus grands gymnastes de l'histoire. Le natif de Vitry-sur-Seine a réussi l'exploit qu'aucun autre français n'avait réussi avant lui. Pékin lui avait offert son premier titre mondial au saut en 2001, lors d'une étape de Coupe du monde universitaire, aujourd'hui, elle lui offre sans aucun doute le plus beau souvenir sportif de toute une vie. Finaliste au saut avec son camarade Thomas Bouhail, il aura a coeur de réitérer l'exploit, lundi, lors de la finale par appareil.
Sophie Barde Cabusson