La mort, en novembre 2006, du mannequin brésilien Ana Carolina Reston, a relancé le débat sur les problèmes d'anorexie dans le milieu de la mode. L'Espagne et l'Italie ont exclu les modèles trop maigres de leurs podiums mais à présent, c'est au tour de la France de proposer des mesures concrètes.
Le top-model brésilien Ana Carolina Reston, âgé seulement de 21 ans, a succombé à l'anorexie le 14 novembre 2006. Les médias se sont aussitôt emparés de l'affaire. Ils ont rapidement pointé du doigt les agences de mode, où l'on soupçonne les problèmes de poids d'être devenus monnaie courante. Pourtant, le fléau de la maigreur sous les projecteurs, aussi inquiétant soit-il, n'est pas nouveau. Chaque année, plusieurs mannequins décèdent de sous-nutrition ou de crises cardiaques, liées à l'anorexie.
Trois mois seulement après Ana Carolina Reston, l'uruguayenne Eliana Ramos s'est éteinte à l'âge de 18 ans. Ces tragédies ont bouleversé l'univers de la mode et les institutions du monde entier. A Madrid et à Milan, les modèles trop maigres ont aussitôt été écartées des podiums. En France aucune mesure sérieuse n'avait été prise jusque là, mais aujourd'hui, une « charte de bonne conduite » destinée aux professionnels, est en passe d'être éditée.
Des mannequins en bonne santé
L'anorexie a toujours hanté les coulisses des défilés. Pourtant la France, contrairement à ses voisins, ne semble toujours pas prête à prendre ce problème à bras-le-corps. Les agences françaises s'évertuent à rappeler que les 3 000 mannequins du pays sont en bonne santé. Philippe Chrétien, secrétaire de l'Union nationale des agences de mannequins rappelle à ce titre que « la France est le seul pays au monde où le mannequin dispose d'un vrai statut ». D'autre part, le secrétaire général de l'UNAM explique qu' « avant l'écriture de cette nouvelle charte volontaire, le code du travail prévoyait déjà la protection générale du mannequin depuis 1990 ». A ce même code, s'est ajouté un décret paru en 2007, obligeant les mannequins mineures et majeures à se soumettre à une visite médicale annuelle. Enfin, Philippe Chrétien met l'accent sur la « Convention collective nationale éditée en 2004 ». « Cette CCN a été conclue entre les syndicats patronaux et les salariés, étendue par le Ministère du Travail, et traite noir sur blanc de la protection des mannequins en tant que salariés », souligne t-il. Selon l'UNAM, les mannequins sont donc protégées, la situation sur les podiums français est bien contrôlée et ne nécessite pas de mesures plus radicales.
Une charte préventive
D'ici fin février, un groupe de travail « anorexie et image du corps » dirigé par le pédopsychiatre Marcel Rufo et le sociologue Jean-Pierre Poulain, devrait donc proposer sa « charte de bonne conduite » au Ministère de la santé. Cette charte déjà dévoilée dans les médias suscite de vives réactions en ne proposant que des mesures préventives ou des « principes moraux » comme le souligne Marcel Rufo. Pas d'exclusion des podiums français donc, mais plusieurs engagements. « La Charte a pour objectif d'inciter les professionnels de la mode et les médias, à promouvoir la diversité des corps », comme le précise Catherine Grelier-Lenain, responsable juridique du Bureau de vérification de la publicité. Ceux-ci s'engageront dans le même temps à ne plus véhiculer d'image susceptible de promouvoir un quelconque modèle d'extrême maigreur. Enfin, la dernière mesure consiste à sensibiliser le public tout en réglementant d'avantage la publicité. Ce rôle revient au BVP qui devra bloquer la diffusion d'images inconvenantes.
Le BVP en baroudeur
La particularité de cette charte réside dans le fait qu'elle ne s'adresse pas seulement aux professionnels de la mode mais aussi aux professionnels de la publicité et aux médias. Un contrôle des publicités renforcé et des bandeaux de mise en garde contre les photos retouchées devraient par exemple faire leur apparition. Mais auparavant, ce type de prévention existait déjà officieusement. « Depuis toujours nous veillons à bloquer la diffusion de toute situation dramatique », témoigne Catherine Grelier-Lenain, responsable juridique du Bureau de vérification de la publicité. En effet, le BVP est exigent lorsqu'il doit donner son feu vert pour la diffusion d'une publicité. Dans un premier temps, il désapprouve les deux tiers des publicités qui lui sont soumises. Cependant, il faut rappeler que le BVP ne dispose que d'un rôle consultatif, même si cet avis est généralement confirmé. Ce fut notamment le cas pour la campagne de pub du photographe Oliveiro Toscani, qui avait été soutenue par le Ministère italien. Cette campagne choc mettait en valeur une jeune femme anorexique. C'est la raison pour laquelle, le BVP et le Ministère français l'ont toujours désapprouvée. « Notre rôle sera de montrer la diversité du corps mais nous devrons veiller à ne diffuser aucune situation extrême de pathologie. Ni anorexie, ni obésité », explique Catherine Grelier-Lenain. En France, les corps filiformes continueront donc d'arpenter les podiums et de s'afficher sur les murs jusqu'à ce que peut-être, l'anorexie frappe à nouveau et cette fois-ci au coeur de l'hexagone.
Sophie Barde Cabusson