Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

L'art miroir de Keith Haring exposé à Lyon

Keith Haring, l'artiste new-yorkais, s'est exposé au Musée contemporain de Lyon depuis le 22 juillet, jusqu'à ce dimanche. L'une des plus importantes expositions jamais organisées en France, qui a attiré bon nombre de visiteurs. Coup de projecteur sur un énorme succès.

Première toile on se sent déphasé. Quelques traits noirs sur une toile blanche. Un homme, des lignes courbes, simples. Mais, première toile, puis deuxième, puis dixième... et l'heure de la prise de conscience. Le spectateur est face à lui même. Confronté à l'oeuvre d'un artiste qui a su retranscrire l'Homme, ses défauts, ses sentiments, ses gestes les plus naturels, avec seuls quelques coups de crayons, de craies ou de pinceaux. Une simplicité un peu déconcertante, dans les premiers tableaux. Mais bien vite le visiteur se rend compte que lui, le monde qui l'entoure sont le coeur de la toile. Et peu à peu, Keith Haring, ses centaines de bonhommes, de chiens, de serpents... nous clouent finalement sur place.


Irrésistible envie de cerner le sens de ces oeuvres tellement uniques, différentes, et pourtant suspendues aux murs de l'un des plus beaux musées de la ville. Parce qu'un sens il y en a bien un. Keith Haring est bien artiste. Il a fait naître son art. Il a fait naître un mouvement. Celui de dessiner, de peindre partout, sur n'importe quel support. Bâches, mûrs, portes, panneaux publicitaires, voitures, bâtiments publics... Tout est bon à être embelli, pour celui qui s'est inspiré du graffiti et du cubiste Paolo Picasso. Une influence que l'on retrouve dans ses peintures, notamment au milieu des années 1980, mais aussi dans ses objets et ses sculptures. Une oeuvre de Keith Haring, c'est aussi une occasion de se repencher sur les perceptions enfantines. Pas uniquement parce que Mickey, parfois emputé de ses emblématiques oreilles noires, est un maillon majeur de l'oeuvre du virtuose du graffiti. Mais aussi parce que chaque production est un jeu. Se rapprocher, s'éloigner, hocher la tête... des mouvements essentiels pour dénicher tous les corps, tous les visages qui se cachent dans chaque tableau. Car si Keith Haring peint vite, sans modèles, ni tracé au crayon préalable, les illusions d'optiques, les détails sont bien au rendez-vous.


Les corps se mêlent, s'emmêlent et se démêlent. L'Homme se confond avec l'animal, l'animal se confond avec l'Homme. L'Homme en arrive parfois même à la soumission face à l'animal, par sa taille inférieure ou par sa position à quatre pattes, avec l'autre sur le dos. Autres tableaux. Les personnages d'Harring mettent en scène des actes naturels ou parfois indicibles. Au premier regard, l'admirateur a envie de rougir. Difficulté à se plonger littéralement dans le tracé du maître new-yorkais. Finalement, Keith Haring pousse à réaliser qu'il n'y a rien de plus naturel que les organes sexuels masculins, que faire l'amour, tomber enceinte. Bien loin des pulsions érotiques, il évoque aussi les pulsions de mort. Et plus classiquement, il en revient aux catastrophes naturelles ou à la dépendance de l'être face aux nouvelles technologies. Toiles de 3 mètres par 4 mètres ou de 4 mètres par 11 mètres. Feraille, toile ou plastique. Ronds, carrés, triangles ou trois dimensions. Métros, hôpitaux, murs à l'abandon. Keithe Haring exploite tout. C'est là le charme de l'artiste.


Outre l'exposition de ses célèbres dessins de traits nets, de courbes ininterrompues et de lignes piquantes, c'est aussi une époustouflante rétrospective de la vie de Keith, que nous offre le commissaire italien, Gianni Mercurio, principal organisateur de l'exposition. Biographie morcelée sur trois niveaux, projections filmographiques et photos placardées aux murs. Rien ne manquait. Keith Haring est à Lyon et il est venu avec tous ses amis. De la Princesse Grace de Monaco, à Jean-Paul Gaultier, en passant par Madonna, Grace Jones puis son fidèle ami et mentor : Andy Warhol biensûr.


Subjuguant finalement : le grand NON aux tabous, qui s'exprime dans les oeuvres suggestives de l'artiste tout comme dans les flash-backs de sa vie privée, son intimité. Drogue, alcool ... Keith Haring les a convoité et ne s'en est jamais caché. Comme il n'a pas caché sa lutte contre le crack, menée quelques années plus tard, au coeur des ghettos. Et comme il n'a pas caché non plus, son combat menée face aux SIDA. Une maladie, qui était sienne et qui en 1990, a arraché le souverain de la peinture urbaine, à cette vie qu'il aimait tant.

S.B.C.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article