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L'étonnante fabrique de cadeaux de Pénélope Bagieu

Grâce à son site de bandes dessinées Monbeausapin, l'illustratrice parisienne Pénélope Bagieu a récolté 61 400 euros. Une idée astucieuse qui permettra à des milliers d'enfants défavorisés de trouver un cadeau sous le sapin, en cette fin d'année.

 

« Je n'aime pas Noël depuis longtemps » s'exclame Pénélope Bagieu. La jeune femme de 26 ans, dont la réputation n'est plus à faire dans le monde de l'illustration, est fâchée. Cette année encore, des milliers d'enfants seront privés de cadeaux à Noël, partout en France. « On nous dit que c'est la fête des enfants mais en fait pour beaucoup, c'est un jour comme les autres. Ça me met vraiment mal à l'aise », confie t-elle. Mais 2008 a sonné l'heure de la révolte. «  J'avais dans la tête de monter un truc depuis des années. Je me suis donc demandé ce que je savais faire. » Et le domaine où elle excelle est la BD. L'auteur de Joséphine, album sorti en 2008, n'a donc pas hésité une seconde à mettre son talent à contribution. Son idée? Créer un site Internet de BD, où chaque visite rapporterait de l’argent pour acheter des cadeaux aux enfants pauvres.

 

« Personne n'y croyait »

 

L'aventure a donc commencé en mai. Et quelle aventure ! « Au début, personne n'y croyait quand j’arrivais avec mon projet sous le bras », se rappelle Pénélope. « Dans ma tête, c'était beaucoup plus simple. Mais je savais qu'à terme il y aurait des cadeaux pour les enfants », relativise t-elle. Il lui a fallut monter un dossier solide, démarcher les partenaires et sponsors. Plusieurs nuits blanches et une grosse dose de stress plus tard, le site était lancé (le 17 novembre).

Mais pour Pénélope, pas le temps de mettre les pieds sous la table. Il fallait attirer d'autres participants. «  Je ne voulais pas de dessins du genre" j'ai quatorze ans et j'apprends à dessiner" », explique t-elle, avant de préciser que « le but était de donner envie de participer en montrant des choses de qualité ». Pari tenu. Rapidement, les candidatures ont fleuri dans sa boîte mail. De nombreux artistes se sont mobilisés. Parmi eux : Marie Voyelle, illustratrice depuis un an. « J'ai beaucoup aimé le principe. Ça m'a émue. Ce projet va permettre d'offrir plein de cadeaux aux enfants moins chanceux et se dire qu'on a pu y contribuer avec une planche de BD, ça fait vraiment plaisir ! », s’enthousiasme t-elle.

 

Système de micro-dons

 

Jusqu'à Noël, une planche par jour était publiée sur Monbeausapin.com. Le succès de l'opération ne s'est pas fait attendre, le bouche-à-oreille a fonctionné. « L'objectif de 100 000 visiteurs fixé avec le sponsor a été atteint en cinq jours au lieu d'un mois ! », se félicite la pétillante Pénélope. Il était alors question de fermer le site. « Mais je trouvais ça dommage. J'avais encore de belles planches » raconte la Parisienne. C'était donc reparti pour de nouvelles négociations avec la Croix Rouge. Le but ? Mettre en place un système de micro-dons. « Ça a été très difficile car parmi les dons qu'elle reçoit, l'association paie des frais. Le minimum est donc habituellement fixé à 12 euros », explique t-elle.  Pénélope a donc entamé un « véritable bras de fer » avec la Croix Rouge pour mettre la barre à 1 euros. « La moyenne des dons a finalement atteint 8 euros. Car une fois le portefeuilles sorti, les gens donnent plus », raconte t-elle satisfaite.

 

« Certains pensaient que je faisais ça pour l'argent »

 

Au final, 61 400 euros sont venus renflouer les poches du père Noël des enfants défavorisés. Mais Pénélope se plaît à raconter une dernière anecdote : « j'ai reçu un mail d'une antenne de la Croix Rouge située dans une région ravagée par les inondations. Elle me remerciait car Monbeausapin a permis d'apporter 8 000 cadeaux là-bas. » Une bonne nouvelle qui lui fait oublier les critiques et les difficultés rencontrées. Car « certains n'arrivent pas à concevoir qu'il n'y ait pas d'arrière pensée. Ils croyaient que je faisais ça pour la notoriété ou l'argent. Dans ce cas là, j'aurais plutôt écris un livre », ironise t-elle. Elle avoue même que « dans ces moments là on a envie de jeter l'éponge ». Mais, « je gardais l'image du gamin qui traîne son doudou cracra et je me disais que grâce à tout ça il aurait un lapinou tout neuf ! », conclue t-elle.


Sophie Barde Cabusson

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