Grèves, examens… Vogue la galère !
Les universités Lyon I et Lyon II ont été fortement touchées par le mouvement de protestation contre la loi Pécresse. La plupart des examens n’ont toujours pas eu lieu. Les étudiants lyonnais sont dans le flou.
La mobilisation faiblit mais se poursuit dans les rues de Lyon Le président de la conférence des universités et de Lyon I Lionel Collet, avait affirmé que dans le cas où les perturbations se poursuivraient au-delà du 15 avril, la situation deviendrait critique pour les étudiants qui devront passer leurs examens. Aujourd’hui, la dead line a été largement dépassée. Mais si les choses rentrent peu à peu dans l’ordre au sein de l’université Claude Bernard, Jean Moulin demeure, elle, parmi les dix universités les plus touchées au plan national. Conséquence ? Les étudiants ne connaissent toujours pas leurs dates d’examen.
D’après le gouvernement ils auront lieu. Mais sur les campus, un gros point d’interrogation subsiste car les cours dispensés depuis le début du mouvement en janvier ont été peu nombreux. « Depuis février, Lyon I a mis en place un service minimum. Mais il est clair que nous n’avons pas acquis les connaissances nécessaires pour passer les examens », témoigne Marylène Tanzilli. L’étudiante en biologie fait partie de ceux qui prône une obtention des diplômes sans prendre en compte les notes récoltées aux examens. Mais la validation automatique est jugée dévalorisante par le gouvernement. Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur, a d’ailleurs assuré qu’il n’y aurait pas de diplôme national sans examen.
« Le diplôme sera dévalorisé »
Pourtant, les syndicats étudiants de leur côté ne voient pas d’autre issue. D’après Mathieu Landau, trésorier et porte-parole de l’UNEF Lyon, les examens seront adaptés : « Leur mise en place est une manière de sauver les meubles. Le but ? C’est que les étudiants n’arrivent pas devant un employeur avec un diplôme qu’ils n’auront pas décroché et qui sera ainsi insignifiant ».
Sur ce point, Pierre Sagnes, maître conférencier à Lyon I renchérit : « Notre but, ce n’est pas de pénaliser les étudiants. Ils auront donc des épreuves et des notes pour se constituer un dossier et ne pas se retrouver démunis face à un employeur. Par contre, les notes pourraient ne pas être transmises à l’administration ».
Enseignants, syndicats et étudiants sont unanimes. S’il faut « limiter la casse », comme le défend le secrétaire du syndicat Sud Recherche EPST Alain Castera, « il est clair que les diplômes seront dévalués ». D’après Pierre Sagnes, « les étudiants n’ont pas eu assez de cours et n’ont pas reçu toutes les connaissances nécessaires pour un examen classique ».
« Les étudiants ont peur »
Hier, les enseignants-chercheurs sont à nouveau descendus dans la rue. Près de 200 personnes sont parties de la place des Terreaux. Une mobilisation qui s’essouffle notamment du côté des étudiants. Mais pour Mathieu Landau, porte-parole de l’UNEF, « ce n’est pas étonnant. Les étudiants ont peur pour leur semestre. Ils hésitent ou renoncent à participer aux manifestations ». Alain Castera, représentant Sud et ingénieur au CNRS, est du même avis. Il est persuadé que « les examens vont vraisemblablement diviser le mouvement ».
Le mouvement faiblit donc mais pour Mathieu Landau, ceci est aussi dû à la durée de mobilisation et au fait que « rien n’a vraiment bougé depuis le début ». Le représentant syndicale des étudiants affirme observer aujourd’hui une « lassitude chez l’ensemble des personnes mobilisées ». Certains d’entre eux, maillons du cortège de ce jeudi ont même affirmé « perdre espoir », à l’image de Marylène qui a repris « le chemin des cours à contre cœur ». Bientôt, ils seront également nombreux à reprendre celui des examens. En ce qui concerne Lyon II, la décision sera prise demain, à l’issue d’une assemblée générale qui selon les dires de certains étudiants : « devrait être mouvementée ».
Sophie Barde Cabusson
Quelles sont les conséquences du mouvement pour les examens ?
Le mouvement dure depuis près de 12 semaines. Une mobilisation record qui pose la question de la valeur des diplômes qui seront délivrés à la fin de l’année scolaire. Sur ce point, les étudiants lyonnais sont divisés.
Propos recueillis par SBC
EN BREF,
Des examens en septembre
Il était jusqu’alors question d’annuler les examens ou de les aménager. Ce matin, le premier ministre François Fillon a proposé une troisième alternative : repousser les évaluations en septembre. Cette mesure concernerait les univeristés les plus touchées, à savoir Toulouse II, Caen et Saint-Etienne. dans le même temps, à l’Elysée, le président de la République Nicolas Sarkozy a tapé du poing sur la table en personne à l’occasion d’un discours où il a confirmé que le gouvernement ne reviendrait pas sur le projet de loi des universités.
Les inscriptions en baisse
Les futurs diplômés du Baccalauréat expriment leurs vœux pour la rentrée 2010. Un site d’admission post-bac est en ligne à cet effet et les premiers constats qui en découlent inquiètent les universités. Les inscriptions dans les filières sélectives bondissent (écoles privées, classes préparatoires), tandis que les filières non sélectives enregistrent une vraie diminution. L’université est de moins en moins attractive. Il faut encore ajouter à cela le fait que certains pays remettent à présent en question le maintien de conventions avec certaines universités françaises.